Cette candidature projet Interreg 2026-29 a été déposée le 12/2/26 auprès de la Grande Région et est donc en cours d'évaluation

Ce site n'est actuellement accessible qu'aux équipes IR GR et aux partenaires jusqu'à la décision des autorités quant à cette candidature

Description synthétique du projet

Les changements climatiques ont un impact considérable sur nos territoires. Les sécheresses et inondations à répétition qu’ont connu l’ensemble des bassins versants de la Grande Région ces dernières années sont une concrétisation du dérèglement climatiques en cours et démontrent la faible résilience des territoires, en particulier en matière de gestion des cycles de l’eau et ses hydrosystèmes.

Cependant, le rôle que peuvent jouer les forêts sur le cycle de l’eau et le maintien d’un hydrosystème fonctionnel est sous-exploité et les forêts ne sont que peu prises en considération dans les politiques de réduction des risques.

Le projet HydroFOR a donc pour objectif d’optimiser le rôle des forêts dans la prévention et l’atténuation des risques liés à l’eau par une approche décloisonnée des enjeux de production de bois, de régulation hydrique, de protection des sols, de soutien à la biodiversité et de prévention des risques naturels tels que les incendies et les inondations.

Il s’articule autour de 3 axes de travail complémentaires.

Axe Stratégie

visant à garantir l'intégration de la dimension forestière dans les stratégies de gestion des risques hydrologiques et du cycle de l’eau en général via une méthodologie appropriée, l'analyse des stratégies existantes, la formulation de recommandations aux décideurs et le développement de solutions opérationnelles de diagnostic multi-acteurs.

Principale réalisation : stratégie transfrontalière visant à renforcer l’intégration opérationnelle de la fonction hydrologique des forêts dans les politiques de gestion des risques liés à l’eau avec :

  • Une analyse comparative des cadres existants.
  • Une cartographie META des mesures forestières prioritaires.
  • Un outil de diagnostic partagé de l’hydrosystème forestier amont (FOCUS).

Axe Transmission

visant à Favoriser la mise en œuvre opérationnelle de mesures de rétention et de régulation hydriques en forêt grâce à des actions de formation professionnelle, de démonstration et de diffusion de l’information.

Principales réalisations :

  • Stratégie transfrontalière de capitalisation et diffusion en ligne et sur le terrain des pratiques visant à améliorer la fonctionnalité de l’hydrosystème forestier.
  • Actions pilotes de formation et démonstration avec le développement d’outils pédagogiques innovants pour la montée en compétences des gestionnaires forestiers, gestionnaires de cours d’eau et tout autre partie prenante.

Axe Consolidation scientifique

visant à consolider les connaissances en quantifiant leur impact dans différents contextes forestiers de la Grand Région et en identifiant les principales lacunes afin de prioriser les recherches à mener.

Principales réalisations :

  • Stratégie visant à quantifier les impacts des mesures forestières permettant de garantir le bon fonctionnement de l’hydrosystème forestier.
  • Stratégie visant à prioriser les recherches futures à mener sur base des échanges entre gestionnaires forestiers, gestionnaires de l’eau et scientifiques.

Nécessité d’une approche transfrontalière

Par nature, l’eau est saute-frontière et la gestion d’un bassin versant nécessite donc souvent une approche intégrée et un travail commun entre services des pays concernés.

Ici, il s’agira de capitaliser sur les données et les crises (inondations et sécheresses) françaises, belges, luxembourgeoises et allemandes pour ’assurer la meilleure transmission des connaissances et compétences afin de garantir des hydrosystèmes forestiers fonctionnels dans la Grand Région. Le territoire de la Grand Région, situé au cœur de l’Europe et du massif forestier continental représente une échelle de territoire-test idéal pour valider une logique d’intervention multi-acteurs permettant d’inclure le potentiel forestier au service d’un meilleur fonctionnement des hydrosystèmes et des bassins versants.

Caractère innovant

1

Premier projet Grand Région liant les cycles de l’eau, ses hydrosystèmes, l’écosystème forestier et la sylviculture.

2

Premier projet Grand Région positionnant explicitement la forêt comme un pilier pour des hydrosystèmes fonctionnels répondant aux attentes de la société (tant en quantité d’eau qu’en qualité d’eau et en support de biodiversité), en utilisant des solutions fondées sur la nature.

3

Approche intégrée à la fois multi-acteurs et multi-niveaux : le projet intègre à la fois l’analyse et l’évolution des cadres stratégiques politiques, le transfert de connaissances et compétences vers les gestionnaires et la mise en œuvre concrète de mesures sur le terrain, en associant administration, chercheurs, gestionnaires forestiers et acteurs de bassin versa

Enjeux territoriaux du cycle de l’eau en Grande Région

en matière de réduction des risques de crise

La question de l’eau est d’une importance stratégique dans l’adaptation au changement climatique. La Grande Région en a fait l’expérience ces dernières années avec des sécheresses et inondations sans précédent. Le changement climatique entraîne une variabilité hydrique accrue et une augmentation des risques liés tant aux excès d’eau (ruissellement, érosion et inondations) qu’au manque d’eau (sécheresses hydrologiques et édaphiques).

Dans le contexte forestier, ce constat est déjà bien documenté et se traduit par une augmentation du stress hydrique et du dépérissement des nombreuses essences sensibles. L’effet combiné des sécheresses et, de vagues de chaleur plus fréquentes et de sols plus secs entraîne l’émergence d’un risque accru de feux de forêts, qui était, jusqu’alors, un risque faible.

De plus, la forêt joue un rôle important dans le cycle de l'eau, en particulier lorsqu’elle est étagée (mélange d'âge et d’essence du sol à la canopée), car elle protège contre les forts ruissellements et l’érosion, elle crée un microclimat qui limite les écarts de température et favorise l’humidité ainsi que le maintien d’un état écologique correct des sols et de leur biodiversité.

Malgré leur importance en termes de réduction des risques – en plus de leurs nombreuses autres fonctions, y compris la production de bois – et bien que les forêts représentent 36 % du territoire de la Grande Région, leur rôle sur le cycle de l’eau est sous-exploité.

Elles sont généralement considérées comme un couvert neutre ou protecteur vis à vis des inondations, et ne figurent que trop peu parmi les occupations du sol susceptibles d’aggraver les risques hydrologiques alors même que les travaux récents montrent que la forêt peut jouer un rôle beaucoup plus efficient dans la modulation des extrêmes hydrologiques, comme l’illustrent les analyses menées en Wallonie dans la vallée de la Vesdre.

Ces travaux mettent en évidence que des pratiques de gestion forestière combinées à une plus grande attention portée à la santé des sols (par exemple : réduction de la compaction) renforcent la capacité d’infiltration des forêts et atténuent le ruissellement.

Face à ce constat, il existe 3 enjeux majeurs

1. Enjeux stratégiques

Des réflexions approfondies pour réduire les risques sont en cours sur différents bassins versants de la Grande Région (ex. : Master plan du bassin de la Vesdre) et chaque pays a ses politiques (stratégies, schéma, ex. : SDAGE en France). Cependant, les politiques existantes n’intègrent que rarement (ou de façon marginale) le rôle de la gestion forestière, notamment à un niveau opérationnel.

Ainsi, les forestiers n’ont pas souvent une vision globale à l’échelle d’un petit bassin versant, et quel impact peuvent avoir leurs actes de gestion ou d’exploitation dans la « vie » d’une goutte d’eau de la parcelle à l’exutoire, par exemple en la freinant ou, au contraire, en l’accélérant.

Réciproquement, les acteurs du monde de l’eau, les utilisateurs, tous ceux qui sont soumis aux risques des excès ou des manques, ne connaissent que très peu les contraintes des forestiers dans leur gestion et l’atout que constitue la forêt à cet égard.

Ce constat souligne un manque de dialogue entre les différents acteurs et leurs réalités distinctes, ce qui limite le partage des bonnes pratiques. Ce projet et ses outils comme celui du diagnostic fonctionnel de l’hydrosystème sont donc essentiels.

Besoin 1

Plus et mieux intégrer la forêt dans les politiques existantes de prévention des risques des bassins versants.

Besoin 2

Renforcer un dialogue multi-acteurs opérationnel pour une meilleure prise en compte des intérêts et enjeux de chacun avec des outils appropriés et partagés.

2. Enjeux opérationnels

Des mesures sylvicoles de réduction des risques sont connues et démontrées. Certaines pratiques réduisent la capacité des forêts à retenir l’eau, augmentent les ruissellements et peuvent aggraver les phénomènes d’érosion et de transport sédimentaire. Par exemple (non exhaustif), il est possible de :

  • Limiter les coupes rases par la pratique de la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC).
  • Limiter le drainage des zones humides "éponges" en s’appuyant sur des essences plus adaptées et en comblant les drains.
  • Rendre obligatoire les cloisonnements d’exploitation ou de limiter les exploitations en période de sensibilité des sols à la compaction.
  • Respecter les sols humides grâce à la SMCC qui permet des choix diversifiés à l’échelle de l’arbre.
  • Augmenter les volumes de bois mort sur pied ou au sol qui améliore la rugosité par une approche individuelle de maintien d’arbres sénescents.

Le manque d’information (connaissances) et de compétences (savoir-faire) liées aux changements climatiques sont régulièrement pointés dans les études sociologiques relatives à l’adaptation des pratiques forestières. Dans le cas présent, le manque d’information et de formation s’explique par :

  • L’absence d’un guide pratique de terrain proposant une méthodologie d’action au niveau du bassin versant amont adaptée aux types de peuplements de la Grande Région.
  • Une offre insuffisante de formation pratique et de dispositifs de formation adaptés.
  • Une offre de sites de démonstration insuffisante.
  • Une information relative à l’importance des forêts dans le cycle de l’eau largement diffusée mais prenant trop rarement en compte les différences techniques fines entre essences, sylvicultures, pratiques d’exploitation…
Besoin 3

Capitaliser les connaissances existantes intégrant une vision globale au niveau des bassins versants et de leur adaptation aux types de peuplements forestiers de la Grande Région.

Besoin 4

Créer les outils de démonstration, de formation professionnelle et d’information adaptés aux différents publics cible.

3. Enjeux scientifiques

Si le rôle des forêts sur l’hydrosystème est reconnu, l’impact des différentes mesures sylvicoles reste peu quantifié et est rarement comparable entre types de peuplements, conditions stationnelles ou modes de gestion différenciés.

Pour passer d’une approche descriptive à une base robuste, les outils de modélisations hydrologiques permettent d’évaluer de manière cohérente, reproductible et transfrontalière l’effet des mesures forestières sur les inondations, le ruissellement, la recharge, l’érosion ou la résilience aux sécheresses.

Bien que des mesures de terrain restent indispensables pour documenter finement les processus hydrologiques in situ et valider les effets observés, leur mise en place nécessite des suivis de longue durée (même si des mesures à l'échelle de petits bassins versants avant/après des travaux permettront de marier modélisation et résultats expérimentaux qui sont parfois plus convaincants auprès des acteurs de terrain).

La modélisation constitue donc un complément méthodologique essentiel, permettant d’obtenir rapidement des résultats comparables dans la diversité de contextes de la Grande Région et d’orienter efficacement les futures expérimentations de terrain.

Les travaux récents de Guillaume et al. (2025)montrent que, dans un bassin versant forestier, les solutions fondées sur la nature – telles que la diversification des essences, la réduction de la compaction ou la restauration de zones humides – permettent de réduire les pics de crue d’environ 10 % grâce à une amélioration de l’infiltration et de la capacité de rétention des sols. Les simulations soulignent également une réduction significative du stress hydrique et une atténuation des déficits hydriques estivaux.

Ces premiers résultats mettent en évidence l’importance du contexte pédologique et bioclimatique. Leur transférabilité à l’ensemble de la Grande Région nécessitera des travaux supplémentaires afin d’adapter ces approches de modélisation aux variations stationnelles et forestières propres aux territoires de la Grande Région.

Enfin, il est essentiel que les acteurs des bassins versants et les scientifiques définissent ensemble les principales lacunes de connaissances pour orienter les recherches futures.

Besoin 5

Quantifier l’impact de mesures forestières de rétention et régulation hydrique et de leur ratio coût/efficience dans des contextes représentatifs de la Grande Région.

Besoin 6

Identifier et prioriser les recherches complémentaires pour garantir des décisions opérationnelles éclairées.

HydroFor

Garantir la fonctionnalité des hydrosystèmes forestiers par une approche multiacteur

© Forêt.Nature, 2026

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